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Homélie du 1er février

par le Père André Benoit Drappier

Le dimanche 1er février 2009

 

Homélie pour le 4ème dimanche du temps de l’Église

 

Samedi - 18 H 00 - Saint Pierre Saint Paul

Dimanche - 9 H 30 - Louvroil

 

 

Il y a 1379 années, naissait à Cousolre, Aldegonde. C'était au temps d'un roi dont vous connaissez tous au moins le nom : Dagobert, le bon roi Dagobert de la chanson. C'était un temps de renaissance. Dagobert s'appuyait sur l'Église et sur des personnages dont l'histoire à conservé le souvenir : Éloi, Amand et d'autres. Il s'appuyait sur l'Église pour garantir la stabilité et la paix du Royaume des Francs. Cette époque fut marquée par la fondation de très nombreuses abbayes et de plus modestes églises. C'est dans ce contexte que grandit Aldegonde dans une famille de la noblesse franque. En 658, elle fondera un couvent de religieuses dans cet endroit qui deviendra notre ville de Maubeuge.

 

Des traditions ou des légendes sont liées à la vocation religieuse d'Aldegonde. Mais ce qui nous intéresse le plus pour aujourd'hui, c'est d'essayer de découvrir ce que représente le choix d'une vocation religieuse à l'époque de Dagobert et d'Aldegonde ; c'est d'essayer de découvrir le message adressé au monde de son temps, par une femme qui quitte tout par amour du Christ et de l'Évangile.

 

Les textes bibliques entendus aujourd'hui n'ont pas été choisis en fonction de la fête de Sainte Aldegonde. Ils sont tout simplement ceux du 4e dimanche du temps ordinaire. Mais il y a des rapprochements féconds à faire entre la vocation d'Aldegonde et ces textes de la Parole.

 

La première lecture tirée du livre du Deutéronome, nous emmène au temps de Moïse et de l'Exode, nous emmène au pied du mont Horeb dans le désert de Sinaï. Dieu vient de remettre à Moïse, les tables de la loi, les dix commandements. La Bible décrit cette remise comme accompagnée de signes extraordinaires : le feu, la montagne fumante, la voix de Dieu. Autant de signes qui disent au peuple : Arrête-toi ! Agenouille-toi ! Ton Dieu est présent ! Il marche devant toi ! Autant de signes qui à la fois fascinent et effrayent le peuple. Et ce chapitre 18 du Deutéronome nous en fait l'écho apeuré: Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir !

 

Mais tout change. Plus d'événements extraordinaires qui défient les lois de la nature mais un signe, un signe nouveau: Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète ... Désormais Dieu se fera connaître au monde par des prophètes, par des hommes et des femmes qui porteront sa Parole, qui témoigneront de sa bonne nouvelle.

 

Quand on lit l'histoire d'Aldegonde telle qu'elle a été écrite au fil du temps, on y trouve rapportés nombre de ces manifestations extraordinaires qui montrent que longtemps, très longtemps après Moïse, les hommes ont cherché la présence de Dieu par des signes visibles. Longtemps, très longtemps, et probablement encore aujourd'hui nous sommes des Thomas : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n'enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n'enfonce pas ma main dans son coté, je ne croirai pas ! ...

 

Je ne croirai pas ! Alors pour aider à croire les Thomas de tous les temps, fleurissent les légendes dorées où jaillissent les sources miraculeuses, où les anges surviennent à point nommé pour permettre à Aldegonde d'échapper à ses poursuivants.

 

 

Mais comme le rappelle la Parole dans le livre du Deutéronome, le signe véritable qui nous est donné est de voir se lever un prophète. Le signe véritable qui nous est donné est de voir un homme ou une femme choisir dans sa vie l'Evangile et de voir la fécondité qui en découle. Aldegonde appartient à cette longue lignée de prophètes, d'hommes et de femmes qui ont choisi, de bien des manières différentes, de centrer leur vie sur le Christ. Cette femme n'est pas éloignée de nous, perdue dans la nuit des temps. Elle est toute proche. Même si le monde qui était le sien paraît si différent, si éloigné, elle a choisi l'Évangile et nous sommes dans nos recherches, nos choix de vie, ses compagnons de route.

 

Longue lignée d'hommes et de femmes à la suite du grand prophète, de celui que Dieu a choisi pour venir marcher sur nos chemins : Jésus, son fils bien aimé. Jésus, accompagné de ses disciples, arrive à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.  On est encore au premier chapitre, au tout début de l'Évangile de Marc. Marc nous présente en quelques lignes l'arrivée de Jésus auprès de Jean qui le baptise, les 40 jours de la tentation au désert, l'appel des premiers disciples et enfin cette arrivée à Capharnaüm. Jésus vient dans la synagogue et pour la première fois prêche l'Evangile, enseigne à la foule rassemblée, enseigne comme homme qui a autorité, qui marque les coeurs et les esprits.

 

Et la première réaction à l'enseignement de Jésus, est une réaction de rejet.  Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit mauvais, qui se mit à crier: « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ! Es-tu venu pour nous perdre ! Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. Un homme tourmenté ou dans une autre traduction, un homme possédé par un esprit impur, expression fréquente pour désigner un démon. Ce passage de l'Évangile peut nous paraître aussi étrange et étranger à nos mentalités que les récits miraculeux liés à sainte Aldegonde et pourtant ...

 

Et pourtant, ne faut-il pas aller plus loin? Cet homme, ce possédé est-il un isolé au milieu de la foule ou bien au contraire ne faut-il pas voir en lui, chaque auditeur de Jésus, chaque homme, chaque femme, de tous les temps qui un jour de leur vie écoutent la Parole de Jésus, qu'elle soir portée par le Christ lui même ou par Aldegonde ou par quelqu'un de notre 21e siècle.

 

Bien sûr, il arrive que nous écoutions la Parole de Dieu, sans l'entendre, sans qu'elle nous touche, parole morte ou parole gelée. Mais il nous arrive aussi de recevoir l'Évangile ou les textes bibliques, de recevoir le témoignage de ceux qui l'ont mis au coeur de leur existence, comme une parole de Vie, comme une rencontre personnelle avec le Christ.

 

Une parole de vie, une parole de feu, particulièrement pour ce qui en nous est en contradiction avec l'Évangile. Ne sommes-nous pas chacun à notre manière cet homme tourmenté par un esprit mauvais dont parle l'Évangile. Ne sommes-nous pas cet homme tourmenté par nos choix personnels qui parfois nous égarent et peut-être plus encore par ces choix collectifs, ces choix de société, sur lesquels il nous semble avoir si peu de prise et dans lesquels nous sommes embarqués.

 

La famille d'Aldegonde appartenait à la noblesse franque, soucieuse d'affermir, son autorité et sa richesse par la force, par le pouvoir, sur ceux qui partagent son époque. En choisissant la vie religieuse, Aldegonde renonce à la force, à un certain type de pouvoir et de richesse. En choisissant la vie religieuse Aldegonde devient prophète pour son temps, témoignant de l'Évangile, interpellant chacun sur sa façon de vivre et sur ses choix.

 

Il en va de même aujourd'hui pour les chrétiens. L’Évangile nous invite à devenir des prophètes dans une société où le plus souvent nous avons l'impression d'être une petite minorité peu prise au sérieux, ou nombreux sont nos enfants dans les écoles qui n'osent plus dire qu'ils sont chrétiens à cause des moqueries.

 

Pourtant, nous avons une sacrée responsabilité entre nos main, rien moins que de sauver le monde! Mais quoi de plus logique pour nous qui sommes les disciples du Christ, celui que nous reconnaissons et proclamons comme le sauveur du monde !

 

Employer l'expression "sauver le monde" n'est pas juste une manière de parler, mais une réalité. Notre terre est en danger. Il y a quelques années nous craignions de disparaître dans le feu nucléaire. Maintenant c'est une crise écologique qui nous menace, une crise de la rareté dans un monde où 6 milliards d'habitants aujourd'hui, neuf milliard prévoit-on dans quelques années, vont avoir à se partager des ressources dont nous savons qu'elles n'augmenterons plus beaucoup. Notre 21e siècle est menacé par une bombe dévastatrice, la bombe du chacun pour soi.

 

Un exemple pari tant d'autres, et un exemple qui touche notre Val de Sambre où l'industrie automobile fait vivre de nombreuses familles, où la crise financière et économique menace une entreprise comme MCA et ses sous-traitants. L’inquiétude est légitime mais en même temps la seule solution qui nous est proposée est de relancer une machine économique, une machine souvent sans capitaine ou sans tête ou sans logique. Je lisais cette semaine un rapport du CCFD qui signalait que 100 millions de tonnes de céréales et 90 millions de tonnes de maïs étaient transformées chaque année en agrocarburants. Bonne chose pour les voitures, beaucoup moins bonnes pour ces foule que la faim tenaille et qui dans bien des pays n'arrivent plus à nourrir leurs enfants.

 

Un des défis majeurs que nous aurons à relever, nous disciples du Christ est celui de connaître et comprendre le monde où nous vivons, d'imaginer et d'agir, de risquer de nouveaux modes de vie, d'être par nos actes, ces prophètes sans doute longtemps minoritaires, mais levain dans la pâte, interpellant la société ou nous vivons, influant sur les décisions à prendre.

 

Depuis le Christ jusqu'à nous en passant par Aldegonde, c'est toujours le même chemin, un chemin risqué, un chemin qui remet nos choix de vie en question. Depuis le Christ jusqu'à la fin des temps, pour chaque être humain retentit la Parole du psaume 94. Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme au désert. Qu'en ce jour de fête paroissiale, l'exemple de Sainte Aldegonde nous guide sur les chemins du Christ et de l'Évangile. Qu'en ce jour de fête paroissiale, s'ouvrent nos coeurs et nos existences à la Parole de Vie, à la parole du christ.

 

Amen.

Article publié par Paroisse Sainte Aldegonde • Publié Samedi 07 février 2009 - 11h26 • 3631 visites

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