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24ème dimanche du T.O (Luc 15)

Une chronique biblique du Père Etienne Faucheux


24ème dimanche du T.O  (Luc 15)

 

 

Il nous faut remarquer le début du chapitre XV. Jésus se fait proche des pêcheurs, il partage le repas avec eux ;d’où les critique, les « murmures » des scribes et des pharisiens, ces hommes pieux qui ne peuvent comprendre la manière d’agir de Jésus.

C’est à eux qu’il s’adresse et nous remarquons qu’il leur dit : CETTE parabole. Nous avons donc une seule parabole, en trois séquences.

Les 2 premières présentent un même schéma.

Un berger perd une brebis- une femme perd une pièce de monnaie.

Le schéma est le suivant :

perdre- chercher- retrouver. avec une finale identique : on réunit les amis et «  réjouissez-vous avec moi….. »

 

Il y a plus de joie chez les anges de Dieu pour un seul pêcheur qui se convertit.

Jésus signifie par là qu’un pêcheur, qui se convertit, a un prix incomparable, à un point tel que le berger abandonne le reste du troupeau, pour retrouver sa brebis égarée et la femme retourne la maison pour retrouver sa pièce perdue.

Tout se termine dans la joie !

 

Ce qui choque les scribes et les pharisiens, c’est que les pêcheurs ne se tournent pas vers la loi mais viennent à Jésus pour l’écouter. Ils le préfèrent à tout. Ce renversement de valeur, cette voie directe de justification par l’attachement à une personne,  scandalise ceux qui ont une autre conception de la justice, de la relation à Dieu, de la religion.

Ils ne peuvent admettre cette manière de faire, il faut éviter le contact avec les pêcheurs.

 

Le sommet de l’ensemble est le troisième volet de la parabole. Le titre généralement attribué « l’enfant prodigue » n’est pas heureux. Et comme l’écrit Michel Gourges, « serait-il déplacé de parler de la parabole du PERE PRODIGUE ? (les paraboles de Luc. Médiaspaul. page 144)

Ce titre est meilleur que celui donné par certains « parabole de l’Amour » ou de la « miséricorde du Père » . Ce qui est souligné, c’est le caractère extravagant de son Amour .

« Le père prodigue, c’est-à-dire d’une libéralité extrême, d’une générosité qui donne sans compter, quitte à bousculer quelque peu les critères du Juste et du Raisonnable »

(idem p.144)

 

Dans cette séquence, il s’agit d’êtres humains : un homme avait 2 fils. Le plus jeune demande ce qui lui revient : la loi l’autorise. Il a droit à 1/3 des biens. Les 2/3 restants sont pour l’aîné, mais le père en garde l’usufruit jusqu’à sa mort. On peut comprendre : tout ce qui est à moi, est à toi.

Le cadet prend la route vers l’étranger et il dépense sans compter, il fait la fête. Cela n’implique pas l’idée de débauche, comme le soulignera hargneusement l’aîné, par après. Mais l’argent s’envole vite et survient la famine. La situation est grave. Le cadet doit chercher un emploi. Le comble, c’est qu’on l’envoie garder les cochons : un animal impur qu’il ne faut pas approcher ! « …..le porc, car il a le pied fendu, mais ne rumine pas : pour vous, il est impur. Vous ne devez manger de leur chair, ni toucher leur cadavre, pour vous ils sont impurs. »

(Lévitique 11,7 ou Dt 14,8)

 

D’autre part, on ne se préoccupe même pas de lui donner à manger…..    « Il aurait bien voulu…. »

Ce qui prouve aussi qu’il ne veut pas se rabaisser au rang de l’animal, en puisant de sa nourriture. C’est la déchéance.

Alors, il réfléchit, rentre en lui-même, il lui faut sortir de cette situation infamante. Revenir chez lui, il en a l’idée mais comment sera-t-il reçu ? Trop vite, on a parlé de conversion, or ce qui compte pour ce fils, c’est d’avoir à manger. Il prépare son discours, « je ne suis plus digne d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes serviteurs. » sous-entendu,  «  au moins je mangerai à ma faim, tous les jours. » La scène qui suit est magnifique : le père l’aperçoit de loin et court vers son fils. Scène impensable en Orient , jamais on ne voit courir un notable ! Il le couvre de baisers. Le fils veut sortir son boniment, le père ne le laisse pas aller jusqu’au bout. Il appelle ses domestiques : « il faut apporter la plus belle robe » Il ne suffit pas de dire que le fils reprend sa place, on lui remet la bague- cachet ou le sceau qui lui confère tous les pouvoirs- les chaussures, elles ne peuvent être des sandales mais des souliers de luxe, comme seuls en portent des personnages de marque, en des circonstances exceptionnelles. Il ne faut pas seulement se contenter d’un repas festif, mais d’un festin ! Un chevreau aurait bien suffi, mais non ! il faut tuer le veau gras qu’on élève de longs mois, en vue de quelques repas uniques des grands jours. Et de plus, le père a même demandé les prestations d’un orchestre !

 

Est-ce un hasard ou comme dans le bon Samaritain, le père fait tout, à travers le symbolisme de la plénitude du chiffre 7.

(on remarquera aussi dans l’ensemble du texte(Luc 15) le verbe perdre ou perdu revient 8 fois !)

Le fils aîné a quelques raisons de grommeler. Celui-ci revient de son travail aux champs. Nous sommes donc en semaine. Il accomplit son labeur quotidien , sur la terre familiale, après tout c’est son bien. D’où son étonnement à son retour : pourquoi ce déploiement festif ?  Il questionne et la réponse vient : « Ton père a tué le veau gras parce qu’il a recouvré (ton frère) en bonne santé » Est-ce la bonne explication ? Le père célèbre une relation qui semblait à jamais perdue et dont il avait eu autant de peine à supporter l’absence, que si son fils avait été mort. L’aîné refuse d’entrer, le père sort à sa rencontre. L’aîné laisse éclater la colère qui habite son cœur. Il méprise ce prodigue.

«  TON FILS  qui a mangé ton bien avec des filles ….. Moi, qui suis fidèle, tu ne m’as jamais rien donné, pas même un chevreau. » L’aîné proteste de sa justice : « Je n’ai jamais désobéi à tes ordres ! » Et le père de lui répondre, d’un terme très affectueux (teknon ,en grec) : «  MON ENFANT » tout comme il dira : « TON FRERE ». S’il le veut, il pourra renouer avec lui.

 

Il y a une attitude contrastante chez les deux fils, deux cheminements inverses : de l’éloignement au rapprochement ou de la rupture à la communion, et dans l’autre cas, de la proximité à la prise de distance. En exhortant l’aîné, le père évite de le froisser, il veut toucher son cœur. N’oublions pas le début du chapitre 15, à qui s’adresse cette parabole. Jésus cherche à gagner ses auditeurs à la joie de Dieu. Chacun devrait se réjouir de ce que l’égaré rentre au bercail. Dieu est dans la joie, dans ce cas. Soulignons que le père de la parabole n’est pas Dieu, mais ses sentiments révèlent ceux de Dieu et Jésus voudrait y faire adhérer ses auditeurs.

 

Nous sommes invités à nous ouvrir à une certaine image de Dieu. Si Jésus agit de cette manière, il ne fait que manifester l’attitude de Dieu, son Père. Cette image, tellement « humaine » de Dieu qui tend à rendre confiance à ceux que risquerait de décourager la conscience de leur misère.

Ce traitement de « faveur » heurte ceux qui ont une certaine conception de la justice de Dieu. Dieu offre à tous, la même chose : avoir part à son règne. L’aîné devrait se réjouir de ce que son frère s’ouvre de nouveau au partage de sa vie : retrouver la joie de vivre en frères.

 

La position du père est-elle injuste ? Veut-on un Dieu juste, cad neutre, indifférent, qui laisse les gens faire leur choix et se débrouiller comme ils le peuvent, quitte à peser le tout au terme du parcours ? Le Dieu de l’Evangile n’est pas comme cela. Il n’est pas neutre, il veut passionnément la vie de tous. Il est prêt à tout, pour que les pêcheurs reviennent à lui. C’est à prendre ou à laisser. Ou l’aîné adopte la même attitude que son père, et il peut continuer d’avoir part à tout ce qui est à lui ; ou il n’a plus qu’à partir. A la limite, on pourrait dire qu’il ne fait plus partie de la famille.
Que fera l’aîné ? La parabole nous laisse sur cette question, elle reste ouverte quant à la réponse qu’il donnera. Mais cette question est aussi la nôtre : que ferons-nous, que faisons-nous ?

 

Le chrétien sait qu’il n’est pas possible d’aimer Dieu réellement s’il n’aime pas son frère. (1 Jn 4, 20-21)

S’il ne communie pas à l’amour que Dieu porte à son frère, qu’il soit pêcheur, qu’il ne partage pas nos vues ou nos manières de faire, n’y change rien.

Pour Dieu, c’est un enfant tendrement aimé.

 

Cette parabole est d’une réelle actualité. Relisons-la, prions-la,  personnellement, en communauté, en groupe de partage …  Comment vivons-nous à la suite de Jésus, son amour pour les pêcheurs, les petits, les exclus, les marginaux ?

Jésus a vécu cela, non seulement en parole, par son enseignement, mais aussi par ses actes, sa conduite, jusqu’à donner sa vie pour les pêcheurs, dont nous sommes.

 

Quand le fils cadet revient, l’accueil du père est inconditionnel : pas de reproches, pas de jugement, pas d’enquête, même pas un « JE TE PARDONNE » !

Simplement : « Mon enfant, tu étais mort et tu es revenu à la vie, je te serre dans mes bras, rien n’a changé, tu es toujours MON FILS. Une chose compte : tu es là, faisons la fête ! »

 

 

3

« Montrez-vous miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux.

Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.
Ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés.

Remettez, il vous sera remis. »  (Luc 6,36 ss)

 



Article écrit par Paroisse Sainte Aldegonde publié le Lundi 01 octobre 2007 à 07h 44 - 201 visites

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