23ème dimanche du T.O
Sorti de son contexte (ch.9), cet extrait de la Sagesse paraît bien pessimiste….
« Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu…. ? »
Certes, livré à lui-même, l’homme reste incapable d’admettre comme sagesse, ce qu’il estime absurdité. De fait, les pensées des mortels sont mesquines, hésitantes, étroites, précaires.
On aurait l’impression que, pour l’auteur des livres, il y a opposition radicale entre la Sagesse de Dieu et les pensées humaines.
Encore une fois, il faut relier cet extrait de l’ensemble du chapitre 9.
Il apparaît alors comme une magnifique prière par laquelle on demande à Dieu, la grâce et le don de la Sagesse, avec la conviction profonde de pouvoir les obtenir.
Le croyant ne peut céder au pessimisme, puisque Dieu lui a donné la Sagesse et envoyé son Esprit Saint. Dès lors, tous ceux qui exercent une responsabilité quelconque dans l’Eglise, dans le monde ou dans la famille, pourront en toute confiance faire cette belle prière.
La Sagesse est un don que nous devons demander, afin de porter un jugement valable sur les hommes, les choses, les événements de notre temps- de toute l’histoire passée et encore de celle qui nous attend incertaine et déjà lourde de préoccupations.
Le croyant doit aussi demander cet esprit de Sagesse, pour ceux qui ont la responsabilité de l’ordre temporel, pour qu’ils guident les hommes qui leur sont confiés sur la voie de la justice et de la charité, ce qui correspond aux visées de Dieu.
A la lumière de la foi, le croyant découvre que
« la folie de Dieu est plus sage que l’homme » (I Cor. 1, 25)
Lu dans le contexte de la liturgie, ce passage nous fait reprendre conscience de l’absolue nécessité du don de l’Esprit. Ainsi, nous pourrons aller de l’avant et si nous invoquons notre impuissance, la faiblesse de notre intelligence, c’est pour nous tourner vers Dieu, en qui nous trouvons refuge et force.
Nous pouvons nous unir à la prière de Jésus :
« Celui que Ton Esprit habite, Seigneur,
accueille les secrets du Père. »
L’Evangile nous indique le chemin à suivre pour être disciple de Jésus.
Jésus n’a rien d’un gourou ou d’un démagogue que grise le succès populaire et qui incite les foules à le suivre aveuglément .
Etre disciple implique des choix radicaux. C’est la personne du Christ qui passe avant tout. Ainsi la nécessité de « haïr », « d’aimer moins » ses plus proches n’implique pas de haine mais des préférences. Il ne s’agit pas d’un refus égoïste de toute relation humaine, mais d’une « relativisation voulue et valorisante » (A. Schulz).
Il faut tout subordonner à l’amour du Christ.
S’il y a conflit entre les affections même légitimes et le service du Christ, pas d’hésitation possible : le service et l’amour du Christ doivent l’emporter purement et simplement.
Luc évoque ici la situation des tout premiers disciples du Christ. Pour eux, se joindre au Christ, c’était s’aliéner en fait sa propre famille, accepter la condition de paria dans le milieu palestinien. L’histoire de l’Eglise nous montre que de nombreux croyants ont vécu cette situation.
Jésus a préféré, à sa propre vie, l’obéissance à la volonté du Père et la fidélité à sa mission. Etre son disciple, c’est s’attacher comme lui s’est attaché au Père vers lequel il nous conduit.
Jésus est le CHEMIN QUI MENE AU PERE.
Etre disciple amène à rencontrer des épreuves, des événements qui déchirent, font souffrir, pas seulement en temps de persécution mais quand il s’agit de répondre à une vocation, à un appel, de préférer le Christ à ses proches.
Porter sa croix signifie, de manière figurée, entrer dans les intentions divines, en acceptant généreusement – héroïquement ces diverses épreuves dans la perspective de la participation à la croix du Christ.
Porter sa croix, c’est se mettre en état de tout supporter, pour la cause du Christ – même la mort.
Après le Vendredi Saint, on voyait l’image de Jésus titubant sous sa propre croix.
Pour les contemporains de Luc –pour nous – la parole de Jésus est un appel pathétique à le suivre sur le chemin du Calvaire – à prendre part personnellement à sa souffrance – à sa passion – à sa mort.
C’est hélas toujours d’actualité !
Autre exigence : « marcher à la suite » expression que l’on devrait traduire par « venir après ».
Ainsi venir après Jésus et porter sa croix, telle est la condition du disciple, partager sa communauté de destin.
Ces 2 exigences vont de pair et s’éclairent réciproquement.
Il y a communion de souffrance entre le Christ et le croyant, et cette communion est un élément inhérent à l’existence du disciple.
Il faut aller plus loin encore : être prêt à se donner à fond, à consentir à tous les sacrifices, renoncer à tous ses biens à cause du Christ.
Mais il faut réfléchir, « s’asseoir » avant de s’engager. C’est la leçon des deux petite paraboles : construire une tour – partir en guerre.
Pourra-t-on aller jusqu’au bout ? La réflexion s’impose.
Le grand spirituel qu’est St Benoît écrit dans sa règle, qu’on n’admet pas au noviciat quelqu’un qui demande à entrer sur un coup de foudre (cf Règle, ch.58. De la manière de recevoir les frères )
Le candidat est mis à l’épreuve : on lui lit 4 fois la Règle pour qu’il sache à quoi il s’engage et s’il persévère dans sa requête, au terme d’un an de réflexion et de prise de conscience, le novice est admis à s’engager.
Ce n’est pas ici la même perspective, mais nous avons toute notre vie à devenir des disciples, donc à réfléchir pour reprendre sans cesse conscience des exigences de notre condition. Non pour revenir en arrière, mais bien pour aller de l’avant !
Nous savons que l’Esprit nous est donné et la grâce pour mener à bien l’œuvre entreprise, pour aller jusqu’au bout de notre vocation, pour en affronter toutes les exigences.
« Si la sagesse est l’art de bien conduire sa vie, on voit bien qu’en christianisme, la vie selon le Christ prend des couleurs inattendues que certains pourraient appeler « folie » : se libérer de tout ce dont nous risquons d’être esclave, pourquoi si ce n’est pour un bien supérieur ?
Ce n’est qu’en contemplant le Christ et en accueillant son Esprit Saint, qu’il nous sera donné de comprendre que ce chemin là mène au bonheur :
la vie selon Dieu . »
( Célébrer. CNPL. n° 353 p.32 )