NATIVITE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.
Dès le début de son Evangile, Luc raconte l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste. Zacharie et Elisabeth, appartenant à des familles sacerdotales, le récit suggère qu’ils se situent dans la perspective de l’histoire du salut.
Ce couple vit comme des justes, mais n’ont pas d’enfant.
Elisabeth est stérile et la fécondité est considérée comme signe de la bénédiction divine.
L’événement se passe au Temple où Zacharie exerce sa fonction. C’est alors que l’Ange du Seigneur apparaît à Zacharie « bouleversé et rempli de crainte ».
« Ta demande a été entendue,
ta femme te donnera un fils. »
Mais cet enfant n’appartiendra pas à ses parents, ce n’est pas son père qui lui donnera son nom : il portera celui que Dieu a imposé : « Tu le nommeras Jean »= Dieu fait grâce. Il sera un « nazir », un voué à Dieu soit à vie, soit le plus souvent pendant une période déterminée. Il est soumis à des règles précises : s’abstenir de boire du vin, ne pas se couper les cheveux..
Dès avant sa naissance,
* il sera rempli d’Esprit Saint, c’est-à-dire un don de prophétie qui fait parler de façon inspirée.
* Il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu, réalisant ainsi l’idéal du prêtre parfait.
* Il marchera devant le Seigneur avec l’esprit et la puissance d’Elie. Sans être Elie, sa mission s’apparente à celle de ce grand prophète. Sa mission annonce ainsi celle de Jésus et de l’Eglise :« Convertissez-vous »
La liturgie de la messe du jour nous propose en 1ère lecture Isaïe 49, 1-6, l’un des chants du serviteur en qui la tradition a vu la figure du Messie à venir.
Mais certains traits évoquent la figure de tel prophète, ainsi celui-ci s’applique-t-il à Jean-Baptiste.
Jean dira : « Je ne suis pas le Messie », il est un instrument dans la main du Seigneur, sa flèche préférée, choisie.. Il tient cette vigueur, non de lui-même, mais de la Parole Vivante de Dieu.
Mais la tâche confiée au Serviteur de Dieu est rude, épuisante, décourageante : « Je ne suis fatigué pour rien, … c’est en pure perte que j’ai usé mes forces ».
Mais le Serviteur de Dieu a du prix à ses yeux. Cette assurance empêche le découragement du Serviteur d’aller jusqu’au désespoir. « Je sais en qui j’ai mis ma foi(2 Tim 1,12).
« Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12,10)
Même si son témoignage n’atteint qu’un nombre restreint de personnes, son intervention, pour humble qu’elle soit et apparemment sans grand effet, contribue au-delà de ce que l’on peut penser, à l’extension du Royaume de Dieu « jusqu’aux extrémités de la terre »
Arrive le temps de la naissance.
Nous nous souvenons que Zacharie avait accueilli l’annonce de l’Ange avec une certaine « incrédulité ». Il en était devenu muet et n’avait pu prononcer la bénédiction d’usage.
Au moment de la naissance, la joie éclate : joie du foyer à laquelle s’associent amis et voisins. Et puis, joie d’autant plus grande qu’Elisabeth est avancée en âge et stérile. Sa maternité tardive signifie que Dieu lui a accordé sa miséricorde, après une longue épreuve. Mais il peut y avoir une allusion à la joie messianique, annoncée par les prophètes.
Le 8ème jour, ils vinrent pour la circoncision, c’est à cette occasion qu’on imposait son nom au garçon nouveau-né. On pense qu’il portera le nom de son père Zacharie= « Dieu se souvient ».
Mais Elisabeth intervient : « Non ! Il s’appellera Jean ». Cela suscite l’étonnement de tous, c’est la réaction de ceux qui ont le pressentiment de se trouver face au surnaturel.
On demande donc au père qui, ne pouvant parler, doit écrire : « Son nom est Jean ! »
Cela ne surprend pas le lecteur de l’Evangile qui sait que Dieu avait dit comment il fallait appeler l’enfant. Ses parents ne pouvaient choisir un autre nom pour ce fils, qu’il destinait à une grande mission.
Zacharie retrouve la parole : la grossesse de son épouse lui a prouvé que le Messager avait dit vrai, il a le loisir de se repentir de son incrédulité première. Sa guérison prend valeur d’absolution.
Mais il y a plus : Zacharie bénit Dieu, lui rend grâce, chante sa louange. Il est le premier de tous ceux que l’annonce de la Bonne Nouvelle réjouira.
Comme les apôtres après la Résurrection, dès à présent se manifeste « la crainte », attitude religieuse faite de respect et d’étonnement sacré devant le divin.
Cette crainte amène à s’interroger : « Que sera donc cet enfant ? En effet, la main du Seigneur était avec lui. » C’est ce qui se passera à propos de Jésus.
Les témoins de l’événement ne peuvent garder cela pour eux, ils s’empressent d’en faire part aux autres.
Il en sera de même pour la renommée de Jésus qui se répand en Judée, en Galilée, dans la Décapole à Jérusalem, au-delà du Jourdain.
Dans son 2nd tome : les Actes, Luc montre comment la Bonne Nouvelle se répand jusqu’aux extrémités de la terre. » L’enfant grandit », formule stéréotypée évoquant l’harmonieux développement d’un enfant, marqué dès avant sa naissance, par la grâce divine, sur qui repose la main de Dieu.
Il va vivre au désert (Ex. 2,15-22). Jésus y passe « 40 jours »
(Luc 4,1-2)
Dès ce séjour au désert, Jean gardera des habitudes de vie ascétique. Comme déjà dit, il sera un nazir, un être humain consacré à Dieu pour le service cultuel.
Si Jean est rempli d’Esprit Saint, c’est qu’il est consacré pour rendre le peuple à Dieu, c’est-à-dire à sa propre sainteté. Jean est situé dans le sillage du prophète Elie, sa mission sera d’être un prophète de conversion préparant un peuple pour qu’il puisse rencontrer Dieu.
La protection divine dont Jean bénéficie, fera de lui un prophète fidèle, un intrépide prédicateur du salut que Dieu voulait voir s’étendre jusqu’aux extrémités de la terre.
En effet, nous verrons Jean prêcher sur les bords du Jourdain et baptiser en invitant à la conversion. Il prépare les chemins du Seigneur.
Jésus, dès le début de son ministère, reprendra les termes de Jean : « Convertissez-vous, le temps est proche. »
C’est aussi la mission de l’Eglise d’inviter à la conversion, en se souvenant de la prédication de Jean-Baptiste, ce prophète contestataire qui « l’œil fixé sur le vrai dont il entend le murmure, ne cherche pas à plaire » (Jean Guitton Ce que je crois)
Jean est là pour nous rappeler que nous devons nous effacer devant Celui que nous annonçons et dont nous préparons le chemin.
Etre témoins auprès de ceux qui cherchent.
Leur joie (de ces témoins) est qu’ils le trouvent et lorsque la rencontre a eu lieu,
ils s’effacent et disparaissent.
« Il faut qu’il croisse et que je diminue. »