Dimanche des Rameaux et de la Passion LUC 19, 28-40
Les enfants ont parfois une logique qui nous déconcerte. Ainsi, des enfants de CM1 étaient sensibles au contraste de cette célébration ainsi exprimée :
POURQUOI LES GENS ACCLAMENT JESUS ET JUSTE APRES, VEULENT LE FAIRE MOURIR ?
La réponse est dans l’événement global, vers la Gloire par la Croix : « Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? »
(Luc 24,26)
Jésus part avec les siens du Mont des Oliviers. C’est de cet endroit que viendra le Messie à la fin des temps (cf. Zacharie 14,4) Béthanie, d’où vient Jésus, c’est la « Maison du pauvre ». Humble et pacifique, le Seigneur ne s’attarde pas dans cette Jérusalem qui tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés. Jésus s’approche de la ville mais n’y entre pas. C’est dans le temple qu’il entrera. (19,45)
Bethphagé « la maison des figues », Jésus y maudira le figuier pour avertir Jérusalem qui n’a pas donné le fruit que Dieu attendait. En Jésus, le royaume est là, encore faut-il être attentif à ses signes :
« Tout passera, sauf mes paroles » dit Jésus.
L’Evangile de Luc commence et se termine au Temple. (Luc 1,9 – 24,53). Luc veut-il déplacer de « Jérusalem » au « Temple », l’intérêt de l’événement ?
Regardons l’épisode de la Présentation de Jésus au Temple ( Lc 2, 22 ss).
Syméon, «poussé par l’Esprit » va rencontrer Jésus, apporté par ses parents pour accomplir les prescriptions de la Loi et proclamer la venue du Salut (2,30) à toutes les nations. Luc 19,28-40 apparaît comme l’écho de Luc 13,35 : ….. Oui, je vous le dis, vous ne me verrez plus jusqu’à ce qu e vienne le jour où vous direz :
« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », qui précède la lamentation sur Jérusalem, qui va se poursuivre avec la parabole des vignerons homicides, où nous trouvons le verset du Ps 117 :
« La pierre, qu’avaient rejetée les bâtisseurs, est devenue pierre d’angle »_ psaume pascal par excellence.
Le verset 37 est riche de traits lucaniens_ le rappel du Mont des Oliviers, la reprise du verbe « approcher », la formule « toute la multitude des disciples »_ Tout se rapproche des Actes 6,2 pour désigner la communauté des chrétiens.
On peut se demander si 19,37 ne désigne pas la communauté des fidèles du nouveau peuple de Dieu, constitué par J.C. Le verbe « louer » est de Luc. Le lien entre « louer et voir » est fort intéressant. Relisez Luc 2,20 ; 18,43 ; 19 ,37 ; Actes 3,9 .
Dieu qui est l’objet du geste de louange est aussi par ses œuvres, source et cause de cette motivation (voir)
Ainsi insérée dans un réseau dont le fonctionnement est assuré au début de l’Evangile (Luc 2), l’acclamation de Jésus en Luc 19,37 transporte la scène et ses personnages en un lieu où le temps et l’espace des hommes trouvent spontanément d’autres dimensions. Jésus et tous les fidèles solidaires de son destin sont détournés des servitudes terrestres d’une entrée royale à Jérusalem.
On s’explique aussi pourquoi Luc a supprimé l’entrée à Jérusalem et a bien mis en relief l’entrée dans le Temple, demeure sans équivoque de Dieu.
On comprend que le Ps 118,26 (117) « Béni soit celui… » soit une nouvelle et dernière fois cité.
Le v.38 contient probablement la clé de l’intelligence du passage dans la formule « Lui, le Roi ». L’importance et la portée de ce titre se saisiront grâce à l’éclairage du v37 et 38b « Paix dans le ciel… ». Le parallélisme avec Luc 1-2 est des plus frappants : lire Luc 2,13-14 // 19,37-38.
La mise en scène est identique : correspondance entre l’armée céleste et tout l’e groupe des disciples. Dans les deux cas, on est en présence des acteurs d’une liturgie céleste. Luc, d’ailleurs, est le seul à avoir omis « Hosanna » (donne le salut= hoshi’ ah na) qui pourrait rappeler des pèlerinages terrestres et leurs évocations par trop nationales (délivre-nous du Romain)
Une différence « Paix sur la terre » (2,14) et « Paix dans le ciel » (19,38). A l’intérieur de l’unique élan qui révèle la gloire divine, on perçoit le double mouvement d’abaissement et d’exaltation. Aussi, « Dieu » en 2,14 laisse-t-il la place au « Roi » en 19,38. Les paroles de louange et de gloire passent de la bouche des êtres célestes (2,14) à celles des « disciples » (2,38) qui, de ce fait, prennent la place des bergers et des anges. Dissociées dans le mouvement d’abaissement au moment de la naissance, ces deux catégories d’êtres sont désormais réunies au moment de l’exaltation : tout le groupe des disciples, c’est-à-dire comme en Actes 6,2 les fidèles de J.C. Lire 2,14-20 et 19, 37-38
Au terme de l’exode que Jésus a accompli à Jérusalem (Luc 9,31) la fin de toutes choses se trouve, en quelque sorte, imbriquée dans l’histoire des hommes.
L’allégorie de la parabole des mines ( Luc 19,11SS) illustre bien ce temps intermédiaire où la fin eschatologique tisse déjà la trame de l’histoire. La « non entrée » de Jésus à Jérusalem représente prophétiquement l’exaltation du Christ déjà réalisée et pourtant encore attendue dans sa pleine manifestation par la foule des croyants.
Humble Sauveur
Pour quelle gloire
Entres-tu dans la ville ?
Hosanna ! Hosanna !
La foule crie sa joie,
Mais tu t’avances déjà vers la colline,
De l’autre côté de la ville,
Portant la Croix…
Fils de David,
Ouvre nos yeux
Et nous verrons ta gloire !
CFC Tropaires des dimanches
Fiche H 171