Eglise catholique - Diocèse de Cambrai - Cathocambrai.com

Homélies

À la découverte de l'Apocalypse (4)


le Jeudi 31 mars 2016

APOCALYPSE

________________________________________________________________

 

Jeudi 31 Mars 2016

Jésus et le Royaume de Dieu

Raismes


C’est notre quatrième rencontre. Déjà nous avons exploré l’Apocalypse sous trois angles différents. Première rencontre : pourquoi le thème de l’Apocalypse est resté si vivant, a eu un tel succès depuis vingt siècles. Seconde rencontre : l’Église primitive de Jésus jusqu’à l’Apocalypse. Troisième rencontre : l’apocalypse avant l’Apocalypse, les deux siècles avant Jésus qui voient naître les apocalypses. Notre quatrième rencontre, ce matin, va se centrer sur Jésus. D’abord Jésus tel que nous le présente le livre de l’Apocalypse. Quel portait, quel message, quelle théologie nous transmet l’auteur de l’Apocalypse au sujet de Jésus. Rappelons-nous le titre du livre : Αποκάλυψις Ιησού Χριστού / apokálupsis Iēsou Christoũ / la révélation de Jésus Christ. Ensuite nous partirons à la rencontre de Jésus comme prédicateur de la fin des temps ; en parcourant les évangiles, en rejoignant les foules qui venaient écouter Jésus en Galilée ou à Jérusalem, à l’écoute de son enseignement sur la fin des temps, sur l’avénement du Royaume.

 

Ouvrons le livre de l’Apocalypse au chapitre 1 : Moi, Jean, votre frère, partageant avec vous la détresse, la royauté et la persévérance en Jésus, je me trouvai dans l’île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je fus saisi en esprit, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix forte, pareille au son d’une trompette. Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. » Je me retournai pour regarder quelle était cette voix qui me parlait. M’étant retourné, j’ai vu sept chandeliers d’or, et au milieu des chandeliers un être qui semblait un Fils d’homme, revêtu d’une longue tunique, une ceinture d’or à hauteur de poitrine ; sa tête et ses cheveux étaient blancs comme la laine blanche, comme la neige, et ses yeux comme une flamme ardente ; ses pieds semblaient d’un bronze précieux affiné au creuset, et sa voix était comme la voix des grandes eaux ; il avait dans la main droite sept étoiles ; de sa bouche sortait un glaive acéré à deux tranchants. Son visage brillait comme brille le soleil dans sa puissance. Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : « Ne crains pas. Moi, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant : j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, ce qui va ensuite advenir. Quant au mystère des sept étoiles que tu as vues sur ma main droite, et celui des sept chandeliers d’or : les sept étoiles sont les anges des sept Églises, et les sept chandeliers sont les sept Églises. » (Apocalypse 1,9-20)
 
Ce texte nous l’avons déjà rencontré dans la lecture continue. Nous sommes au début du livre et l’on donne à ce passage le titre de «première vision». C’est Jean, l’auteur du livre, qui a cette vision, qu’il situe le jour du Seigneur, ce que nous pouvons interpréter comme le dimanche, le jour où les chrétiens se rassemblent dans la liturgie. Une voix s’adresse à Jean, il se retourne et il a face à lui dans sa vison, quelqu’un dont le nom ne sera pas prononcé mais que nous pouvons identifier très clairement par plusieurs indices, des indices qui nous ramènent à Jésus. Ici commence l’enseignement de l’auteur de l’Apocalypse sur Jésus.
 
Premier indice : Lui apparaît un fils d'homme - υἱῷ ἀνθρώπου. Nous savons que ce nom vient du livre de Daniel, au chapitre 7 dans la vision du Fils de l’homme : Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite (Daniel 7,13-14). Et  souvent Jésus se désignera dans les évangiles comme fils de l’homme (ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου - huios tou anthrôpou) : Comme ils étaient réunis en Galilée, Jésus leur dit : « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera. » Et ils furent profondément attristés (Matthieu 17,22). En ce nom de Fils de l’homme, Jésus rassemble la déréliction, l’abaissement de la croix et la gloire de la résurrection.
 
Second indice : la résurrection. Ne crains pas. Je suis le premier et le dernier, le vivant. J'ai été mort et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles et je détiens les clés de la mort et de l'Hadès (Apocalypse 1,18). C’est un portrait impressionnant de Jésus qui est fait ici, un portrait qui s’inspire du livre de Daniel : Je continuai à regarder : des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui. Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres (Daniel 7,9-10).
 
Nous sommes dans ce qu’on appelle une théophanie, qui est une manifestation divine au cours de laquelle est délivré un message de Dieu. Deux exemples de théophanie qui nous sont familières. Exode 3 et Luc 2. Exode 3 : le Buisson ardent ; Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer... Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » (Exode 3,1-4).
 
Luc 2 : La naissance de Jésus ; Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » (Luc 2,8-14)
 
Deux exemples de théophanies, pour nous faire comprendre, ce qu’est ce texte qui trouve place au début de l’Apocalypse. L’apparition de Jésus à Jean est une théophanie, une apparition de Dieu. Et c’est un message très fort que nous livre d’emblée l’Apocalypse : Jésus s'inscrit profondément dans la sphère d'action qui, par ailleurs, est réservée à Dieu.

 

Ne perdons pas de vue que nous sommes au début du christianisme. Trouver des mots pour dire la foi en Jésus ne s’est pas fait en un jour. Quand dans la messe, nous proclamons : «Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Il est Dieu, né de Dieu, Lumière, né de la Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par Lui tout a été fait», c’est une profession de foi qui a été écrite sous cette forme après les conciles œcuméniques qui se sont tenus à Nicée en 325 et à Constantinople en 381, plus de deux siècles après la rédaction de l’Apocalypse.
 
On n’en est pas encore là quand est écrite cette vision de Jean. Parler de Jésus suscite de nombreuses questions sur son identité et sur son rapport à Dieu. Jésus est-il un homme, un prophète, l’un des plus grands ; où est-il du coté de Dieu, envoyé, messie, fils de Dieu ? Que l’auteur de l’apocalypse utilise une théophanie pour nous parler de Jésus est une prise de position, un message clair : Jésus est du coté de Dieu.

 

Avec l’Apocalypse, nous n’en sommes pas encore aux professions du quatrième siècle mais c’est un grand pas en avant dans la définition et la proclamation de la foi chrétienne. Avec une image forte qui a amené certains biblistes à parler de modèle « binitaire » de dévotion des premiers temps du christianisme. Trinitaire, nous savons ce que c’est : Dieu qui le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Trinitaire, c’est trois. Binitaire, c’est deux, Dieu et Jésus. L’image très forte de ce modèle « binitaire », c’est l’agneau : Et j’ai vu, entre le Trône, les quatre Vivants et les Anciens, un Agneau debout, comme égorgé ; ses cornes étaient au nombre de sept, ainsi que ses yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés sur toute la terre. Il s’avança et prit le Livre dans la main droite de celui qui siégeait sur le Trône. Quand l’Agneau eut pris le Livre, les quatre Vivants et les vingt-quatre Anciens se jetèrent à ses pieds. Ils tenaient chacun une cithare et des coupes d’or pleines de parfums qui sont les prières des saints. Ils chantaient ce cantique nouveau : « Tu es digne, de prendre le Livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé, rachetant pour Dieu, par ton sang, des gens de toute tribu, langue, peuple et nation. Pour notre Dieu, tu en as fait un royaume et des prêtres : ils régneront sur la terre. » Alors j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » Toute créature dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s’y trouvent, je les entendis proclamer : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ; et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent (Apocalypse 6, 6-14).
 
À celui qui siège sur le Trône : Dieu, ; et à l’Agneau : le Christ ; la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Dieu et le Christ. L’Apocalypse décrit, avec force, Jésus comme celui qui reçoit l'adoration avec Dieu. Ce sont les « Vivants » et les « Anciens », qui forment le cercle céleste et chantent un cantique nouveau. Puis, se joignent à eux, la multitude des créatures de la terre et du ciel pour la louange de Dieu et de l'Agneau dans une grande liturgie.
 
Pour les hommes et les femmes de la fin du 1er siècle qui lisent ou qui entendent ces pages de l’Apocalypse,les images utilisées et le message qu’elle portent sont d’une grande clarté. Jésus est du coté de Dieu. À chacun de ceux qui lisent ou qui entendent le texte de l’Apocalypse, il est demandé de choisir le culte de Dieu et de Jésus ; et de le choisir contre d’autres cultes, ce qui peut être lourd de conséquence. Car existe un autre culte, majeur dans cette société, c’est celui qu’il faut rendre à l’empereur.

 

Rappelons que si vous êtes juifs, si vous appartenez à la synagogue, votre statut vous dispense de rendre ce culte à César. Mais pas si vous êtes un chrétien d’origine païenne, ou si vous êtes un juif rejeté de la synagogue à cause de votre appartenance au Christ. Dans certaines circonstances, le choix de Dieu et de Jésus et le rejet du culte à l’empereur, peut vous occasionner de gros ennuis, voire vous conduire en prison où à la mort.
 
Pline le Jeune qui est gouverneur romain de la province de Bithynie, aujourd’hui en Turquie écrit vers 111-112, très peu d’années après la rédaction de l’Apocalypse, à l’empereur Trajan pour lui demander des instructions sur l’attitude à adopter face aux chrétiens. Il écrit : «Maître, (…), je n'ai jamais participé à des informations contre les chrétiens; je ne sais donc à quels faits et dans quelle mesure s'appliquent d'ordinaire la peine ou les poursuites. (…). En attendant, voici la règle que j'ai suivie envers ceux qui m'étaient déférés comme chrétiens. Je leur ai demandé à eux-mêmes s'ils étaient chrétiens. A ceux qui avouaient, je l'ai demandé une seconde et une troisième fois en les menaçant du supplice; ceux qui persévéraient, je les ai fait exécuter : quoique signifiât leur aveu, j'étais sûr qu'il fallait punir du moins cet entêtement et cette obstination inflexibles. (…) On m'a remis entre les mains un mémoire sans nom d'auteur, où l'on accuse d'être chrétiens différentes personnes qui nient de l'être et de ne l’avoir jamais été.  S’ils invoquaient les dieux (…), si, en outre, ils blasphémaient le Christ - toutes choses qu'il est, dit-on, impossible d'obtenir de ceux qui sont vraiment chrétiens - j'ai pensé qu'il fallait les relâcher. D'autres, dont le nom avait été donné par un dénonciateur, dirent qu'ils étaient chrétiens, puis prétendirent qu'ils ne l'étaient pas, qu'ils l'avaient été à la vérité, mais avaient cessé de l'être, les uns depuis trois ans, d'autres depuis plus d'années encore, quelques-uns même depuis vingt ans. Tous ceux là aussi ont adoré ton image ainsi que les statues des dieux et ont blasphémé le Christ. (…) L'affaire m'a paru mériter que je prenne ton avis, surtout à cause du nombre des accusés. Il y a une foule de personnes de tout âge, de toute condition, des deux sexes aussi, qui sont ou seront mises en péril. Ce n'est pas seulement à travers les villes, mais aussi à travers les villages et les campagnes que s'est répandue la contagion de cette superstition; (…).»
 
Ce texte nous révèle qu’il existe des persécutions contre les chrétiens. Pas parce que les autorités cherchent à les anéantir mais parce qu’il y a des dénonciations auxquelles il faut réagir. Pline ici est à l’image de Ponce-Pilate que les évangiles nous présentent comme n’ayant pas voulu la mort de Jésus, mais ayant du faire face à une dénonciation, une mise en accusation, aux pressions des autorités juives et de la foule. Si on avait entre les mains le rapport que Ponce-Pilate aurait pu écrire à Rome sur l’affaire Jésus, il n’aurait sans doute pas été très éloigné de ce qu’écrit Pline le Jeune.

 

Ailleurs encore, on lit des choses semblables ; dans les Actes des Apôtres, par exemple quand Paul est renvoyé devant le gouverneur Félix pour le faire échapper à un sort funeste : « Claudius Lysias, au Très excellent Félix, gouverneur, salut. L’homme que voici, dont les Juifs se sont emparés, allait être supprimé par eux. Je suis alors intervenu avec la troupe pour le soustraire au danger, ayant appris qu’il est citoyen romain.Voulant connaître le motif pour lequel les Juifs l’accusaient, je l’ai fait comparaître devant leur Conseil suprême. J’ai constaté qu’il était accusé pour des questions relatives à leur Loi, sans aucun chef d’accusation méritant la mort ou la prison. Après dénonciation devant moi d’un complot contre cet homme, je te l’ai envoyé immédiatement, en donnant également aux accusateurs la consigne d’exposer devant toi ce qu’ils ont contre lui. » (Actes des Apôtres 23, 26-30).
 
Il semble qu’on soit loin d’une persécution généralisée mais demeurent dans la mémoire longue des premières communautés chrétiennes les persécutions et les guerres du passé, tous ceux qui ont perdu la vie à cause d’Antiochus IV, de Néron ou d’autres. Chaque chrétien arrêté, jeté en prison, où mis à mort, est une terrible mise en garde pour toutes les communautés. D’où les images très fortes de la bête. Au chapitre 13 de l’Apocalypse, nous voyons surgir deux bêtes. La première : Alors, j’ai vu monter de la mer une Bête ayant dix cornes et sept têtes... Elle ouvrit la bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer contre son nom et sa demeure, contre ceux qui demeurent au ciel. Il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre, il lui fut donné pouvoir sur toute tribu, peuple, langue et nation (Apocalypse 13,1.6-7) est identifiable à l’empire d'Alexandre et de ses successeurs, à la domination grecque.
 
La deuxième bête : Puis, j’ai vu monter de la terre une autre Bête ; elle avait deux cornes comme un agneau, et elle parlait comme un dragon. Elle exerce tout le pouvoir de la première Bête en sa présence, amenant la terre et tous ceux qui l’habitent à se prosterner devant la première Bête, dont la plaie mortelle a été guérie. Elle produit de grands signes, jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre aux yeux des hommes : elle égare les habitants de la terre par les signes qu’il lui a été donné de produire en présence de la Bête ; elle dit aux habitants de la terre de dresser une image en l’honneur de la première Bête qui porte une plaie faite par l’épée mais qui a repris vie. Il lui a été donné d’animer l’image de la Bête, au point que cette image se mette à parler, et fasse tuer tous ceux qui ne se prosternent pas devant elle. À tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, elle fait mettre une marque sur la main droite ou sur le front, afin que personne ne puisse acheter ou vendre, s’il ne porte cette marque-là : le nom de la Bête ou le chiffre de son nom. C’est ici qu’on reconnaît la sagesse. Celui qui a l’intelligence, qu’il se mette à calculer le chiffre de la Bête, car c’est un chiffre d’homme, et ce chiffre est six cent soixante-six (Apocalypse 13,12-18). La deuxième bête est identifiable à l’empire romain. On peut vraisemblablement interpréter le «chiffre de la Bête» 666, ou 616 dans certains manuscrits grâce à un procédé utilisé par les auteurs d’apocalypse qui consiste à donner une valeur numérique à chaque lettre des alphabets hébreux ou grecs. Il suffit alors de faire le total. Avec l’alphabet hébreux, le nom César-Néron donne 666. Avec l’alphabet grec, le nom César-Dieu donne 616.
 
On lit donc dans ce chapitre 13 une violente attaque contre l’empire de Rome, et l’obligation de  rendre un culte à l’empereur. Contre ce culte rendu à César, tout le texte de l’Apocalypse nous ramène à la prière, au culte rendu à Dieu au Christ. Ce culte et la liturgie sont très présents dans l’apocalypse, comme aux chapitres 4 et 5, que nous avons découvert la fois dernière dans la lecture continue et auxquels certains commentateurs donnent le titre de «culte céleste». Nombre d’éléments qui apparaissent dans ces chapitres sont repris de la liturgie dans le temple de Jérusalem : l’autel, les hymnes, les candélabres, l’encens...

 

Cette liturgie céleste est calquée sur l’office du matin de la prière juive, tel qu’il était pratiqué dans les synagogues au premier siècle. On y retrouve la trompette en usage pour les convocations sacrées ; les coupes de parfum de la liturgie du sanctuaire ; les gestes d’adoration : se prosterner, adorer, chanter, les prières. Puis viennent les 3 bénédictions encadrant la récitation du «shema», qui joue pour Israël, le rôle de la profession de foi.

 

La première bénédiction, le Yôtzer, célèbre Dieu en tant que créateur. La communauté s’unit au chant des anges : « saint ... ». Nous la retrouvons au chapitre 4, les versets 1 à 8 qui célèbrent Dieu en tant que créateur. C’est le cosmos qui proclame le Sanctus. L’humanité est ici symbolisée par les 24 anciens, qui se joignent à la louange du cosmos : Les quatre Vivants ont chacun six ailes, avec des yeux innombrables tout autour et au-dedans. Jour et nuit, ils ne cessent de dire : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur Dieu, le Souverain de l’univers, Celui qui était, qui est et qui vient. » Lorsque les Vivants rendent gloire, honneur et action de grâce à celui qui siège sur le Trône, lui qui vit pour les siècles des siècles, les vingt-quatre Anciens se jettent devant Celui qui siège sur le Trône, ils se prosternent face à celui qui vit pour les siècles des siècles ; ils lancent leur couronne devant le Trône en disant : « Tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance. C’est toi qui créas l’univers ; tu as voulu qu’il soit : il fut créé. » (Apocalypse 4, 8 11)

 

La deuxième bénédiction, l’Ahabah, remercie Dieu pour l’amour qu’il a manifesté à son peuple en lui donnant la Loi, la Torah. La vision du chapitre 5 nous présente le Christ-Agneau ouvrant le livre scellé, scène qui correspond à la bénédiction juive pour le don de la Loi, mais ici cette loi demeure un livre scellé, au sens caché, tant que le Christ ne l’ouvrira pas : J’ai vu, dans la main droite de celui qui siège sur le Trône, un livre en forme de rouleau, écrit au-dedans et à l’extérieur, scellé de sept sceaux. Puis j’ai vu un ange plein de force, qui proclamait d’une voix puissante : « Qui donc est digne d’ouvrir le Livre et d’en briser les sceaux ? » Mais personne, au ciel, sur terre ou sous la terre, ne pouvait ouvrir le Livre et regarder. Je pleurais beaucoup, parce que personne n’avait été trouvé digne d’ouvrir le Livre et de regarder. Mais l’un des Anciens me dit : « Ne pleure pas. Voilà qu’il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David : il ouvrira le Livre aux sept sceaux. » Et j’ai vu, entre le Trône, les quatre Vivants et les Anciens, un Agneau debout, comme égorgé ; ses cornes étaient au nombre de sept, ainsi que ses yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés sur toute la terre. Il s’avança et prit le Livre dans la main droite de celui qui siégeait sur le Trône (Apocalypse 5, 1-7).

 

Enfin après la récitation du Shema, la troisième bénédiction, la Gehullah ou rédemption, loue Dieu pour la rédemption accordée autrefois en Egypte, gage de la rédemption qu’il va encore accomplir. Présenté comme agneau, le Christ apparaît comme celui qui réalise vraiment la rédemption dont celle de l’Exode n’était que l’annonce. Ainsi est enfin réalisé le projet de l’exode : faire du monde le royaume de Dieu où tous les rachetés sont prêtres pour célébrer la louange de Dieu et de l’Agneau : Ils chantaient ce cantique nouveau : « Tu es digne, de prendre le Livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé, rachetant pour Dieu, par ton sang, des gens de toute tribu, langue, peuple et nation. Pour notre Dieu, tu en as fait un royaume et des prêtres : ils régneront sur la terre. » (Apocalypse 5,9-10).

 

Nous découvrons combien la liturgie céleste reprend des éléments du temple, des synagogues et peut-être même des premières liturgie chrétiennes avec les vêtements blancs qui suggèrent le baptême ou le festin de noces de l’agneau qui évoque le repas eucharistique. Il y a une profonde identification entre la liturgie terrestre telle qu’elle se pratique dans le temple, les synagogues, où dans les oïkos, les maisons où se rassemblent les premières communautés chrétiennes, et la liturgie céleste. Pour les premiers chrétiens, il y a une simultanéité entre deux. Ce qui se passe sur terre, se passe en même temps dans le ciel.

 

Le texte de l’Apocalypse nous fait entrer dans cette double liturgie, celle du ciel et celle de la terre. En regardant la liturgie céleste telle qu’elle est décrite aux chapitre 11 et 15, on se rend compte qu’on est dans le temple de Jérusalem, et qu’on célèbre le même liturgie sur terre et dans le ciel : Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire ; et il y eut des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre, un tremblement de terre et une forte grêle. (Apocalypse 11,19) ; Et après cela, j’ai vu : le Sanctuaire où se trouve la Demeure du Témoignage s’ouvrit dans le ciel, et les sept anges aux sept fléaux sortirent du Sanctuaire, habillés de lin pur et resplendissant ; ils portaient des ceintures d’or autour de la poitrine. L’un des quatre Vivants donna aux sept anges sept coupes d’or, remplies de la fureur de Dieu, lui qui est vivant pour les siècles des siècles. Et le Sanctuaire fut rempli de fumée par la gloire de Dieu et sa puissance, et personne ne pouvait entrer dans le Sanctuaire jusqu’à ce que s’achèvent les sept fléaux des sept anges (Apocalypse 15,5-8).

 

L’Apocalypse, une liturgie, un culte rendu à Dieu et au Christ. Ils sont omniprésent tout au long du texte. J’ai essayé de compter combien de foi Dieu et le Christ son nommés, recensement pas toujours évident mais qui donne un ordre d’idée.

 

Dieu, 72 fois avec des titres divers : Dieu, Seigneur, le Seigneur Dieu, le plus souvent mais aussi l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin,celui qui est et qui était et qui vient, le Tout-Puissant, Père, celui qui siège sur le trône, Dieu vivant, le Seigneur de la terre, créateur du ciel, de la terre, de la mer et des sources d'eaux, Roi des nations., le Dieu des esprits des prophètes.

 

Jésus, 76 fois avec des titres divers encore plus nombreux et variés que deux de Dieu. Quelquefois ce sont les mêmes titres qui sont données à Dieu et à Jésus. Le seul titre donné à Dieu que Jésus ne porte pas, c’est le tout-puissant. On trouvera donc Jésus appelé le plus souvent  : Jésus, Jésus-Christ, Christ, Seigneur Jésus mais aussi, la liste est longue : le témoin fidèle, le premier-né des morts,  le prince des rois de la terre, un fils d'homme, le premier et le dernier, le vivant, celui qui a été mort, mais est revenu à la vie, le fils de Dieu, l'Amen, le témoin fidèle et véritable, le Principe de la création de Dieu, l'agneau, Seigneur, l'enfant, un fils, Seigneur des seigneurs, Roi des rois, Fidèle et Véritable, la Parole de Dieu, l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin, la racine et la descendance de David, l'étoile brillante du matin.

 

Cette longue liste nous donne la clef de lecture du livre de l’Apocalypse : la révélation de Jésus-Christ. Nous pouvons reprendre la lecture depuis le début, non pas en cherchant à décrypter des messages cachés pour y lire notre avenir, mais en recevant un message, un enseignement, une catéchèse sur Jésus le Christ, le fils de Dieu. Par l’auteur qui écrit le livre de l'Apocalypse, Dieu adresse à son peuple une parole prophétique, une parole qui met l’accent sur les implications concrètes de la foi chrétienne et les engagements contemporains difficiles et risqués de la communion avec le Christ vainqueur.

 

Jésus est la Parole de Dieu, et cette Parole, sa vie, son témoignage prennent un caractère prophétique du livre de l’Apocalypse qui est souligné au chapitre 19 : Puis l’ange me dit : « Écris : Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! » Il ajouta : « Ce sont les paroles véritables de Dieu. » Je me jetai à ses pieds pour me prosterner devant lui. Il me dit : « Non, ne fais pas cela ! Je suis un serviteur comme toi, comme tes frères qui portent le témoignage de Jésus. Prosterne-toi devant Dieu ! Car c’est le témoignage de Jésus qui inspire la prophétie. » (Apocalypse 19,9-10).

 

Cette lecture continue de l’Apocalypse en partant du Christ, je vous invite à la faire vous-même mais ce matin, je vous arrêtons-nous sur un passage, le chapitre 12 qui met en scène la Femme, son Fils et le dragon : Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. (Apocalypse 12,1-2). Le fils, l’enfant n’est pas nommé, c’est bien de Jésus qu’il s’agit. Le présente ici comme un enfant nous incite à revenir à la naissance physique de Jésus, à son enfance mais c’est une fausse piste. Ce dont il est question dans ce passage, c’est la «naissance» de Jésus comme Messie par sa mort.

 

Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance (Apocalypse 12,3-4). Ce passage très spectaculaire, très visuel est à rapprocher du chapitre 16 de l’évangile de Jean. Nous sommes dans la nuit de l’arrestation de Jésus. Avant de sortir avec ses disciples, de traverser le torrent du Cédron et d’entrer dans le jardin où Judas, les soldats et les gardes du temple vont venir s’emparer de lui, Jésus s’adresse une dernière fois aux siens, un message que l’on trouve au chapitre 13 à 17 de l’évangile de Jean : Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera (Jean 16,20-22).

 

Jésus utilise ici l’image de la femme qui enfante dans la peine. Il lie la naissance à la résurrection : je vous reverrai. Au delà des douleurs de l’enfantement, il annonce la joie : votre joie, personne ne vous l’enlèvera. Ces épreuves passent par un combat contre celui qui est nommé dans l’évangile de Jean comme le prince du monde, qui prend dans l’Apocalypse, les traits du dragon. Aux chapitres 12, 14 et 16 de l’évangile de Jean : Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors (Jean 12,31) ; Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car il vient, le prince du monde. Certes, sur moi il n’a aucune prise (Jean 14,30) ; Puisque déjà le prince de ce monde est jugé (Jean 16-11). Ces versets montrent que l’Apocalypse n’est pas seul à utiliser la thématique du combat et de la victoire contre Satan. Nous relisons dans la suite et la fin du chapitre 13, une mise en scène imagée de la passion et de la résurrection de Jésus, une passion et une résurrection appelés à durer jusqu’à la fin des temps, par ce que vivront l’Église et les chrétiens : Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place, pour qu’elle y soit nourrie pendant mille deux cent soixante jours. Il y eut alors un combat dans le ciel : Michel, avec ses anges, dut combattre le Dragon. Le Dragon, lui aussi, combattait avec ses anges, mais il ne fut pas le plus fort ; pour eux désormais, nulle place dans le ciel. Oui, il fut rejeté, le grand Dragon, le Serpent des origines, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. Il fut jeté sur la terre, et ses anges furent jetés avec lui. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! Car il est rejeté, l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait, jour et nuit, devant notre Dieu. Eux-mêmes l’ont vaincu par le sang de l’Agneau, par la parole dont ils furent les témoins ; détachés de leur propre vie, ils sont allés jusqu’à mourir. Cieux, soyez donc dans la joie, et vous qui avez aux cieux votre demeure ! Malheur à la terre et à la mer : le diable est descendu vers vous, plein d’une grande fureur ; il sait qu’il lui reste peu de temps. » Et quand le Dragon vit qu’il était jeté sur la terre, il se mit à poursuivre la Femme qui avait mis au monde l’enfant mâle. Alors furent données à la Femme les deux ailes du grand aigle pour qu’elle s’envole au désert, à la place où elle doit être nourrie pour un temps, deux temps et la moitié d’un temps, loin de la présence du Serpent. Puis, de sa gueule, le Serpent projeta derrière la Femme de l’eau comme un fleuve, pour qu’elle soit emportée par ce fleuve. Mais la terre vint au secours de la Femme : la terre ouvrit la bouche et engloutit le fleuve projeté par la gueule du Dragon. Alors le Dragon se mit en colère contre la Femme, il partit faire la guerre au reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus. Et il se posta sur le sable au bord de la mer (Apocalypse 12,3-4).

 

Αποκάλυψις Ιησού Χριστού / apokálupsis Iēsou Christoũ / la révélation de Jésus Christ. Tout est dit du livre de l’apocalypse dès les premiers mots qu’il ne faut jamais oublier sous peine de s’égarer dans des lectures débordantes d’imagination. Mais il reste un point d’un grand intérêt à  traiter. Ce sont les parallèles entre le livre de l’Apocalypse et les évangiles. Comment les évangiles traitent de la victoire du Christ et de son retour, de la fin des temps, ce qu’on peut résumer en un terme : Le Royaume de Dieu ou Règne de Dieu ou Royaume de cieux, termes équivalents. En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » (Matthieu 3,1-2) ; À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » (Matthieu 4,17). La notion de règne de Dieu a de profondes racines dans l’ancien Testament, surtout après l’exil à Babylone comme l’exprime le psaume 97 : Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s'est assuré la victoire. Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ; il s'est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d'Israël ; la terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez ; jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ; au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur ! Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ; que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie, à la face du Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture ! (Psaume 97).

 

Le judaïsme prenait au pied de la lettre les annonces eschatologiques de l’Ancien Testament, représentant la venue du Royaume comme quelque chose d’éclatant et d’immédiat et on en voit l’influence sur le texte de l’apocalypse. Les évangiles, eux, présentent tout autrement le Royaume : Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger (Matthieu 13,3-4) ; Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches (Matthieu 13,31-32) ; Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé (Matthieu 13,33). Avec la venue de  Jésus, les temps sont accomplis, le Royaume est déjà là. C’est le temps des noces et de la moisson. Jésus leur dit : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûne. (Marc 2,19) ; Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant l’Évangile du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » (Matthieu 9,35-38).

 

La résurrection de Jésus ouvrira le temps du témoignage et de l’Église : Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre (Actes 1,8), dans l’attente des jours où le Royaume viendra en plénitude, ce jour qu’évoque l’évangile de Luc avec des accents si proche de ceux du livre de l’Apocalypse : Comme certains parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. » Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel. Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. Quand vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, alors sachez que sa dévastation approche. Alors, ceux qui seront en Judée, qu’ils s’enfuient dans les montagnes ; ceux qui seront à l’intérieur de la ville, qu’ils s’en éloignent ; ceux qui seront à la campagne, qu’ils ne rentrent pas en ville, car ce seront des jours où justice sera faite pour que soit accomplie toute l’Écriture. Quel malheur pour les femmes qui seront enceintes et celles qui allaiteront en ces jours-là, car il y aura un grand désarroi dans le pays, une grande colère contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés en captivité dans toutes les nations ; Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens, jusqu’à ce que leur temps soit accompli. Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. » Et il leur dit cette parabole : « Voyez le figuier et tous les autres arbres. Regardez-les : dès qu’ils bourgeonnent, vous savez que l’été est tout proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le royaume de Dieu est proche (Luc 21,5-31).

 

Le royaume de Dieu est proche ; il est le don de Dieu par excellence, la valeur essentielle qu'il faut acquérir au prix de tout ce qu'on possède : Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ (Matthieu 13,44). Mais pour entrer dans ce Royaume, il faut le chercher : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît (Matthieu 6,33) ; il faut viser une perfection plus grande que celle des pharisiens : Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux (Matthieu 7,21) ; il faut accomplir la volonté du Père : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux (Matthieu 7,21) ; il faut chercher la charité fraternelle : Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” (Matthieu 25,34-36)

 

C’est avec ces mots de l’évangile du jugement dernier que je conclue cette intervention, des mots, ainsi que tout l’enseignement évangélique sur le royaume qui nous rappellent que le livre de l’Apocalypse n’est pas un texte étrange et marginal dans le canon des Écritures mais qu’il s’inscrit dans la réflexion, la compréhension, l’enseignement de l’église primitive, sur Dieu, sur le christ et sur la venue du Royaume des Cieux.

 

Article publié par Paroisse Sainte Aldegonde • Publié Mardi 16 février 2016 • 524 visites

Haut de page